Le phare de Cordouan, merveille de Louis de Foix

Au large de l’estuaire de la Gironde, à environ 7 kilomètres de la côte médocaine, se dresse seul, sur un îlot rocheux, le magnifique phare de Cordouan.

De l’origine du phare

marée basseL’îlot sur lequel est construit le phare est le sommet d’une étendue rocheuse qui formait dans l’Antiquité une île, que le géographe romain Pomponius Mela aurait baptisée  « Antros ».  Des archives de 1724 mentionnent l’existence de vestiges antiques sur ces rochers :  les Romains y auraient donc construit un édifice, mais aucune trace de ces ruines n’ont été retrouvées, ayant été ont été soit détruites soit recouvertes par les sédiments.
Il est en revanche certain, comme en témoigne une charte de l’abbaye de Cluny, que des moines s’installèrent au XI e siècle sur l’île. Une chapelle et une tour d’environ 16 mètres, baptisée « Tour des Anglais », furent ensuite édifiées sous l’occupation anglaise. Des ermites y alimentaient un feu destiné à guider la navigation. Mais au XVI e siècle, la tour tombant en ruine faute d’entretien est abandonnée.
L’origine du nom de Cordouan n’est pas non plus clairement établie par les historiens : nom donné par des marchands de Cordoue (des pièces de monnaies frappées à Grenade, Séville et Cordoue ont été retrouvées dans le lit du fleuve) ? Nom associé au vaisseau de Cordoue qui s’échoua sur les rochers  de l’île? Nom donné aux ermites sonneurs de cor pour prévenir les navigateurs du danger ? La première trace fiable du nom remonte en 1688 dans un manuscrit dit « l’Anonyme de Ravenne » (Don Porcheron) qui mentionne le nom de Cordano, qui sera retrouvé par la suite sous diverses formes : Cordan, Cordam…

La commande à Louis de Foix

Au XVI e siècle, la tour est donc en ruine et les navigateurs sans guide… Alors que Montaigne est maire de la ville de Bordeaux, le roi Henri III confie le 1er mars 1582 à « Loys de Foix de faire le dessaing et ordonner ce qu’il verra, jugera et cognoistra estre bon et necessaire pour rebastir, redresser, reedifier ladicte tour et la remectre en tel estat qu’elle puisse servir à l’effect selon et ainsi qu’elle faisoit auparavant ladicte ruyne… ».
Mais qui est ce « Loys de Foix » à qui le roi de France confia un tel projet ?
Louis de Foix serait né en 1535 à Paris. Horloger de formation, il réalise quelques pendules qui le font connaître à la cour du roi d’Espagne Philippe II, auprès de qui il reste pendant plusieurs années. Grâce aux multiples savoirs qu’il développe – mécanicien, ingénieur, puis architecte – il se voit confier de grands chantiers. Son nom apparaît lors de la construction de l’Escorial, alors résidence du roi, près de Madrid. Puis il est chargé en France du chantier de détournement du cours de l’Adour, en aval de Bayonne, ainsi que de la réparation des fortifications de la ville. Il réalise ensuite de nombreuses études pour des systèmes de pompes et de fontaines, mais l’une de ses oeuvres les plus emblématiques est la construction du phare de Cordouan.

Construction du bel ouvrage

phare de CordouanLe chantier démarre en décembre 1584 mais des contraintes administratives, financières et politiques ralentissent puis stoppent complètement les travaux. Ils ne sont repris que 4 ans plus tard mais menés rondement sous la houlette de François Beuscher, conducteur de travaux, puisque en un an, trois étages sont déjà construits. De nombreux ouvriers – tailleurs de pierre, charpentiers, menuisiers, mais aussi marins et mariniers travaillent sur le chantier. Les pierres blanches sont extraites des carrières de Saint-Même, près de Jarnac en Charente, de Bouchet en Dordogne, de Saint-Palais, dans les Pyrénées-Atlantiques, de Roanne, dans la Loire.
La tour s’élève alors sur une plateforme et comporte trois voûtes superposées : la base du phare, l’appartement du roi, la chapelle, puis le dôme surmonté par une lanterne.
Le phare tel qu’on le voit aujourd’hui diffère de sa construction originale : sur ordre de Colbert, il est complètement restauré en 1661 et les fenêtres du 2ème étage ne sont percées qu’à cette époque. Par manque d’entretien, l’édifice est encore rénové au milieu du XVIII. En 1786, l’architecte bordelais Joseph Teulère, est chargé de surélever le phare de 20 mètres, tout en conservant l’intégrité de l’oeuvre : un véritable défi technique, scientifique et architectural. Lors de la surélévation, le positionnement de chaque bloc a été défini avant la taille. Ce travail donne naissance à un magnifique escalier en vis suspendu donnant accès à la lanterne.
Louis de Foix  consacra 18 ans de sa vie à la construction du phare et… sa fortune, mais il ne vit malheureusement pas « sa » tour achevée, car il mourut aux environs de 1602. C’est sous la responsabilité de son ancien conducteur de travaux, François Beuscher, que s’acheva la construction. On suppose que l’inspiration de l’architecte serait venue du phare d’Alexandrie, grand phare parmi les phares… Mais son originalité a été de dépasser l’aspect strictement utilitaire de l’ouvrage pour en faire une oeuvre d’art, inspirée de la renaissance italienne.. un style que, malgré les modifications, l’on peut encore voir sur la base de la tour.

Au fil des 301 marches…

phare de CordouanLe rez-de-chaussée, dénommé le « Vestibule« , se compose d’une salle carrée couverte d’une voute. En levant la tête, on remarque une sorte de puits qui communique avec les étages supérieurs. Appelées oculus, ces ouvertures ont été percées en 1789 pour faciliter le transport des combustibles nécessaires au fonctionnement de la lanterne au sommet du phare sans avoir à emprunter les escaliers. Au nord et au sud s’ouvrent deux petit cabinets surmontés de niches décorées de masques, de volutes, de fleurs et de fruits. Ces cabinets d’à peine 3m² ont servi de chambres aux gardiens pendant près de deux siècles ! À l’ouest, un escalier en pierre mène aux étages supérieurs ; un second escalier permet d’accéder au sous-sol composé d’une cave (permettant aujourd’hui le stockage du fioul et des machines) et de deux citernes de recueillement des eaux de pluie.
L’escalier mène au premier étage aménagé en « Appartement royal » sous Louis XIV. La salle carrée, surmontée d’une voute en arc de cloître, est dotée de deux cheminées (l’une d’entre elle, factice, a été ajoutée en 1789 par souci de symétrie), d’un sol pavé de marbre et de murs décorés de pilastres ioniques. Les initiales “MTL” gravées sur l’un des murs font référence à Louis XIV et à son épouse Marie-Thérèse d’Autriche. Destiné à loger le roi, aucun souverain n’y a pourtant jamais séjourné.
chapelle royaleLe clou du spectacle se trouve au deuxième étage, avec la Chapelle royale. Cette pièce ronde est unique : c’est la seule chapelle au monde installée dans un phare. Son sol, pavé de marbre blanc et noir, forme des motifs géométriques. La très belle voûte à caissons, qui a conservé de beaux coloris bleus, est ornée d’un oculus filtrant la lumière. La pièce est richement ornée de pilastres corinthiens, de grands coquillages faisant office de bénitiers, de cinq niches creusées dans la pierre et de guirlandes sculptées de fleurs et de fruits. L’une des niches à l’Est a été creusée pour accueillir un autel de marbre blanc. Si cette pièce a la vocation d’être une chapelle, soulignée par la présence de quatre beaux vitraux du maître verrier Lobin (1855), on remarquera la discrétion de l’autel et l’absence de symboles chrétiens : l’ouvrage était avant tout dédié à la gloire des rois. Ce qui surprend en revanche, c’est la présence du buste de Louis de Foix, et de son panégyrique gravé dans le mur, en compagnie des rois : une représentation contraire aux usages de l’époque…
Au troisième étage, la Salle des Girondins (nom donné par l’architecte Joseph Teulère pour apaiser les velléités des révolutionnaires), est pavée de mosaïques en marbre noir et blanc. De là part le splendide escalier en vis suspendu, prouesse technique et architecturale, donnant accès à la lanterne. Cet escalier monte sur trois étages. Au quatrième, la Salle du contrepoids servait, jusqu’en 1987, à rythmer le feu dans la lanterne. Un contrepoids entraînait une machine de rotation, entraînant elle-même un cache tournant autour de l’ampoule, permettant ainsi d’alterner lumière et obscurité. À l’étage suivant, la Salle des lampes, permettait de stocker le matériel d’éclairage. Au sixième étage, la chambre de quart baptisée « Chambre de veille« , entièrement lambrissée, accueillait les gardiens qui effectuaient le travail de surveillance de la lanterne.
lanternePuis la visite du phare s’achève au sommet de la tour, sur la coursive extérieure, contiguë à la Salle de la lanterne. Les choix des matériaux pour alimenter le phare ont varié au cours des siècles : feu de bois, poix, goudron, blanc de baleine à l’origine, puis réchaud au charbon de terre au XVIIIe. Puis les feux ont été alimentés à l’huile de colza pour terminer au gaz de pétrole en 1907. L’arrivée de l’électricité a facilité grandement le travail des gardiens : le phare est électrifié en 1949 et automatisé en 2006. Aujourd’hui, cinq groupes électrogènes alimentent les batteries qui desservent les installations du phare. Le système actuel (lampes de 250 W aux halogénures métalliques et nouvel écran tournant fournissant trois éclats en douze secondes) a été installé en 2006. Ce feu à occultations offre une portée lumineuse à environ 40 km.. La couleur des faisceaux lumineux envoyés constitue une aide à la navigation pour les bateaux qui entrent dans l’estuaire de la Gironde : le vert guide les navires de commerce de fort tonnage à naviguer dans la passe ouest (passe d’entrée principale dans l’estuaire), le rouge guide les navires à faible tonnage vers la passe sud.

Un phare unique au monde

Appelé « Phare des rois » ou « Roi de phares », Cordouan a été classé monument historique en 1862, en même temps que la cathédrale Notre-Dame de Paris. Les défenseurs et admirateurs du phare se battent aujourd’hui pour son classement au Patrimoine mondial de l’Unesco.
grand escalierUne reconnaissance bien méritée car le monument est également unique par d’autres particularités : il s’agit du plus ancien phare de France encore en activité et de l’unique phare au monde situé en pleine mer et ouvert au public (il est entretenu par quatre gardiens qui se relaient deux par deux tous les 14 jours à l’année et assurent l’accueil des visiteurs.)….
Pour le touriste, le coût de la visite peut paraître élevé (environ 50€), mais il inclut la balade de 45 minutes en bateau et l’entrée du phare. Et l’émerveillement  à l’arrivée est au rendez-vous : on est de suite frappé par la beauté de la pierre (blanche avec les rayons de soleil du matin, dorée avec ceux du soir), par la richesse des ornements, par l’escalier majestueux… et la vue au sommet du phare offre un panorama sur le littoral médocain, l’entrée de l’estuaire de la Gironde et la côte charentaise à couper le souffle….
Les informations contenues dans cet article ont en grande partie été puisées dans le livre de Claude Grenet-Delisle « Louis de Foix, Horloger, ingénieur, architecte de quatre rois », à votre disposition dans la bibliothèque de la Villa Laurion, ainsi que dans le site officiel : https://www.phare-de-cordouan.fr

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