Ausone

Que fais-tu aux bords extrêmes de la terre, poète cultivateur de sables ?

Poète de langue latine, homme politique, homme de lettres et pédagogue gallo-romain de la période du Bas-Empire romain, Ausone a écrit dans une lettre à son ami Théon ce beau texte, traduit par Pierre Buffault dans son « Étude sur la côte et les dunes du Médoc » (Wikisource – page 28)

Quid geris extremis positus telluris ni oris,
Cultor arenarum vates? Cui littus arandum,
Oceani finem juxta, solemque cadentem,
Vilis arundineis cohibet quem pergola tectis;
El tingit piceo lacrymosa colonica fumo.
(…)
Quant tamen exerces Medulomni in littore vitam?
Mercatusne agitas? leviore nomisniate captans
Insanis quod mox pretiis gravis auctio vendat,
Albentis sevi globulos, et pinguia ceræ
Pondera, Naryciamque picem, scissamque papyrum,
Fumantesque olidum paganica lumina tædas.
An majora gerens, tota regione vagantes
Persequeris fures? qui te, postrema timentes,
In partem prædamque vocent? Tu mitis, et osor
Sanguinis humani, condonas crimina nummis:
(…)
An cum fratre vagos dumeta per avia cervos
Circumdas maculis, el multœ indagine pinnæ?
Aut spumantis apri cursum clamoribus urges,
Subsidisque fero?
(…)
An quia venatus ob tenta pericula vitas,
Piscandi traheris studio?
(…) Domus omnis abundat

Littoreis dives spoliis. Referuntur ab unda
Carroco, letalisque trygon, mollesque platessæ,
Urentes thynni, et male tecti spina elegati,
Nec duraturi post bina trihoria corni. » (Epist. v).

« Que fais-tu aux bords extrêmes de la terre, poète cultivateur de sables ? Le rivage que tu laboures louche aux confins de l’Océan et au soleil couchant. Une vile cabane aux toits de roseaux t’abrite et ta chaumière est imprégnée d’une fumée de poix qui fait pleurer…

» Quelle vie mènes-tu donc sur le rivage des Méduliens ? Fais-tu le commerce ? recherchant à bon compte ce qu’une hausse énorme te fera vendre à des prix fous : des mottes de suif blanc, de lourds pains de cire, et la poix de Néricie, et le papyrus en feuilles, et les torches résineuses à la fumée puante, flambeaux du paysan. Ou bien, t’occupant d’affaires plus importantes, poursuis-tu les voleurs errant par tout le pays? Coquins qui, redoutant le dernier supplice, t’appellent peut-être, pour partager leur butin et leurs expéditions ? Toi, doux et répugnant au sang humain, tu remets les crimes pour de l’argent…

» Ou bien, avec ton frère, enveloppes-tu dans des filets et de longs réseaux emplumés les cerfs errants parmi les halliers fourrés ? Ou presses-tu de tes clameurs la course du sanglier écumant et tends-tu des embûches à la bête sauvage ?

» Ou plutôt, évitant les grands périls de la chasse, t’abandonnes-tu à la passion de la pêche ? Toute ta maison regorge enrichie des dépouilles des plages. On t’apporte, sortant de l’onde, et le turbot, et la pastenague meurtrière, et la sole délicate, et le thon échauffant, et l’élacat mal défendu par son épine et la sciène qui ne peut se conserver après deux fois trois heures. » (Épître v).

 

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