Soulac, une histoire très ancienne

Caractérisée par un relief pauvre et plat, sans grottes, par de vastes étendues marécageuses, et impactée par les attaques successives du vent, du sable et de l’océan, la région de Soulac a longtemps été considérée comme une terre hostile et habitée tardivement…

Une occupation des terres dès la Préhistoire

Pourtant, des fouilles sur le littoral et dans les environs ont montré que l’occupation humaine remontait à la fin du Paléolithique (environ -8000 avant JC) : des haches de pierre, pointes de flèches, grattoirs ont été retrouvés à la station des «Douves» à Saint Seurin de Cadourne. Les traces de l’homme au Néolithique (entre -4500 et -2300 avant JC) sont plus nombreuses : traces de troupeaux gravées dans les sédiments de cette époque, traces de chien, empreinte de pied du berger ainsi que la trace de son bâton…

préhistoire
Source image Wikimedia – Ursus CC 3.0

Des mégalithes – menhirs, cromlechs ou dolmens – matérialisant le culte du soleil sont les témoins d’une population importante au Néolithique. À une quarante de kilomètres plus au sud de Soulac, plusieurs tumulus – des monticules faits de terre et de pierre recouvrant une ou plusieurs sépultures – ont été mis au jour par les archéologues : le tumulus des Sables à Saint-Laurent, celui du Bernet à Saint-Sauveur, le dolmen et le tumulus de Barbehère à Saint-Germain-d’Esteuil.

En 2016, sur la plage de la Lède du Gurp, près de Soulac, une équipe du CNRS a fait une « découverte exceptionnelle, tant par la qualité de conservation du vestige que par son importance scientifique » d’une cuve à saumure datée du néolithique récent (environ 3000 ans avant JC). Cette cuve, de 1m50 de diamètre par 70cm de hauteur, servait probablement à stocker l’eau de mer pour la production du sel. Après décantation, la saumure obtenue était probablement chauffée afin d’obtenir des pains de sel utilisés pour la conservation des aliments et la consommation humaine et animale. Cette découverte met en évidence la présence d’un atelier de production proche du littoral. Les nombreux autres vestiges trouvés sur place, comme des outils en silex, des tessons de céramiques, témoignent d’un habitat proche du secteur et occupé durant une longue période.

Les premières communautés agro-pastorales vivaient sur les éminences bordant les marais, au bord du fleuve pour s’approvisionner en eau, ou bien sur les rives des estuaires côtiers, mais assez éloignées de la plage. Plus sédentaires que leurs ancêtres, elles ont su domestiquer les animaux (boeufs, chèvres, moutons) tout en conservant les activités de chasse, de pêche et de cueillette.

La forte influence des Bituriges Vivisques

À l’âge du bronze (de moins 1 800 à moins 725 avant JC), des traces de gisements montrent que la région est propice aux créations en tous genres (sculptures, etc…). Une autre découverte importante, réalisée en 1989 sur la plage de l’Amélie, a mis au jour un sanglier en laiton stylisé représentatif de la culture celtique qui devait servir d’enseigne d’une tribu ou d’étendard de guerre. Une copie de cet objet datant du premier siècle avant JC est visible au musée d’Art et Archéologie de Soulac-sur-Mer (il est à noter que ce musée renferme une collection de plus de 3000 objets issus de découvertes archéologiques réalisées depuis 1960)..

pièces de monnaie découvertes à Soulac
Image : archive ouverte HAL – Société française de Numismatique – Eneko Hiriart

Quelques monnaies datant de l’âge de fer (-725 jusqu’à -25) ont également été découvertes sur diverses plages, confirmant l’existence de sites à vocation commerciale prononcée.  C’est à cette période que les terres nord médocaines se seraient fortement développées, avec notamment l’installation du peuple des Médules (Meduli), qui a donné son nom aux habitants du Médoc, un nom d’origine gauloise.

La région s’enrichit et se développe à cette époque notamment avec l’arrivée des Bituriges Vivisques, un peuple celte qui fonde, au troisième siècle avant notre ère, le port de Burdigala (Bordeaux). Ce peuple s’est vite imposé en contrôlant, jusqu’au 1ème siècle avant JC, le trafic fluvial de la Garonne et de la Gironde, en particulier des convois d’étain qui ont fait la richesse de la région. Lorsque ce commerce a commencé à décliner, en raison de la fermeture de nombreuses mines d’étain, les Bituriges se mettent à planter et cultiver la vigne avec un cépage résistant au froid, le célèbre cépage Biturica ou Biturgiaca : c’est la naissance des premiers vignobles médocains.

Noviomagus, la mystérieuse cité…

Un grand mystère réside encore dans la localisation de la grande cité portuaire Noviomagus, deuxième grande ville commerçante des Bituriges Vivisques après Burdigala, que Ptolémée (savant astronome et astrologue grec du 2ème siècle après JC) mentionne dans sa « Géographie ». Certains scientifiques placent Noviomagus au bord de l‘Océan, soit à Soulac, à l’époque située plus à proximité du fleuve, soit plus au sud, près de Montalivet, en raison des transactions lointaines qui ne pouvaient s’effectuer que par mer. D’autres la placent à St-Germain d’Esteuil, sur le site dit de Brion, non loin de l’estuaire de la Gironde et à 37km de Soulac. Cette théorie pourrait être confirmée par les importants vestiges gallo-romains encore visibles pour certains : une centaine d’habitations, un bâtiment public, un temple celtique, un théâtre gallo-romain de 3000 places, etc.

Plusieurs cataclysme – tremblement de terre, déluges, inondations – entre l’an 580 et l’an 600 rendent impraticables les rives océaniques, battues par les courants nouveaux, modifiées par les variations dunaires. C’est probablement à partir de cette époque que la grande cité de Noviomagus va s’éteindre peu à peu, ou disparaître dans un tremblement de terre….

Lorsque Jules César entreprend de conquérir l’Aquitaine, au milieu du 1er siècle avant Jésus-Christ, ses troupes n’ont aucune difficulté à occuper le Médoc dont les habitants adoptent très vite la façon de vivre de leurs conquérants, les romains.

> Plusieurs éléments de cet article ont été puisés dans le très intéressant livre « Fascinant Médoc: histoire d’un pays » de Marie-José Thiney.

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