Une lumière dans la mer…

Jules Michelet est l’un des plus grands historiens du XIXème siècle. Fortement influencé par l’œuvre des philosophes des Lumières, il a écrit de nombreux ouvrages historiques et des essais dont « La Mer » en 1861..

Faisant partie d’une série d’ouvrages sur le thème de la réconciliation entre l’Homme et la Nature (« L’Oiseau », 1856, « L’Insecte, 1857 »),  « La Mer » est un grand livre prophétique et poétique, un véritable hymne à la vie, un « appel à la solidarité du vivant ».

La mer, grande femelle du globe

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Michelet y décrit plusieurs de ses expériences vécues en bord de mer et les sentiments qu’elle lui inspire : la vie, toujours renouvelée mais l’effroi aussi, l’idée de la mort toujours présente. Il relate notamment la tempête à laquelle il assista, en octobre 1859, à Saint-Georges-de-Didonne, près de Royan. (chapitre VII, livre 1er,).

Mais la vie est plus forte et dans le chapitre « Fécondité » Michelet révèle d’une belle plume sa vision de la mer : « Elle est, ce semble, la grande femelle du globe, dont l’infatigable désir, la conception permanente, l’enfantement, ne finit jamais.  »

Cordouan, martyr des mer

Jules Michelet relate également dans son ouvrage  l’histoire de la navigation et des découvertes maritimes. Lors d’une de ses promenades il dépeint ainsi le phare de Cordouan :

On ne connaît pas assez ce respectable personnage, ce martyr des mers. Il est, entre tous les phares, je crois, l’aîné de l’Europe. Un seul peut disputer avec lui d’antiquité, la célèbre Lanterne de Gênes. Mais la différence est grande. Celle-ci, qui couronne un fort, assise bien tranquillement sur un bon et ferme roc, peut sourire de tous les orages. Cordouan est sur un écueil que l’eau ne quitte jamais. L’audace, en vérité, fut grande de bâtir dans le flot même, que dis-je ? dans le flot violent, dans le combat éternel d’un tel fleuve et d’une telle mer.

Il en reçoit à chaque instant ou de tranchants coups de fouet, ou de lourds soufflets qui tonnent sur lui comme ferait le canon. C’est un assaut éternel. Il n’est pas jusqu’à la Gironde, qui, poussée par le vent de terre, par les torrents des Pyrénées ne vienne aussi par moments battre ce portier du passage, comme s’il était responsable des obstacles que lui oppose l’Océan qui est au- delà.

Il est cependant lui seul la lumière de cette mer. Celui qui manque Cordouan, poussé par le vent du Nord, a à craindre ; il pourra manquer encore Arcachon. Cette mer, la plus terrible est aussi la mer ténébreuse. La nuit, nul signe qui guide, nul point de repère.

Pendant six mois de séjour que nous fîmes sur cette plage, notre contemplation ordinaire, je dirai presque notre société habituelle, était Cordouan. Nous sentîmes combien cette position de gardien des mers, de veilleur constant du détroit, en faisait une personne. Debout sur le vaste horizon du couchant, il apparaissait sous cent aspects variés. Parfois, dans une zone de gloire, il triomphait sous le soleil ; parfois, pâle et indistinct, il flottait dans le brouillard et ne disait rien de bon. Au soir, quand il allumait brusquement sa rouge lumière et lançait son regard de feu, il semblait un inspecteur zélé qui surveillait les eaux, pénétré et inquiet de sa responsabilité. Quoi qu’il arrivât de la mer, toujours on s’en prenait à lui. En éclairant la tempête, il en préservait souvent, et on la lui attribuait. C’est ainsi que l’ignorance traite trop souvent le génie, l’accusant des maux qu’il révèle. Nous-mêmes, nous n’étions pas justes. S’il tardait à s’allumer, s’il venait du mauvais temps, nous l’accusions, nous le grondions. « Ah ! Cordouan, Cordouan, ne sauras-tu donc, blanc fantôme, nous amener que des orages ?

Ce fut lui pourtant, je crois, qui dans la tempête d’octobre sauva nos trente hommes. Le vaisseau fut brisé, mais ils échappèrent….

Extrait de l’ouvrage de Jules Michelet  » la Mer » (chapitre VIII, livre 1er,) que vous pouvez lire en ligne sur le site Wikisource.

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